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La cartographie est un outil stratégique qui visualise dans l’espace les activités humaines, stables ou précaires, leur concentration ou leur essaimage, dans les frontières officielles ou hors cadre. Les actrices et acteurs de la culture ont de tout temps recherché des territoires de jeu. La scène dite underground explore les quartiers oubliés de la planification urbaine, les friches industrielles. La création s’exprime dans ces marges, qui sont parfois aussi celles de la politique culturelle. Cartographier une politique culturelle revêt ainsi plusieurs avantages.

La vue d’ensemble d’un territoire donné dévoile – ici pour la culture – les lieux ouverts (aménagements, places publiques) et les lieux fermés, qu’il s’agisse des infrastructures officielles comme informelles. Le fait de poser cette première vision permet de :

  • établir un état des lieux hiérarchisé
  • évaluer la présence d’une politique cutlurelle dans son territoire d’action
  • identifier les parties prenantes, les actrices et acteurs émergents ou oubliés
  • objectiver la concertation pour organiser la participation
  • adapter et consolider une vision politique
  • valoriser les acquis et les besoins
  • faire émerger des leviers, des outils et des partenariats
  • renforcer la légitimité de l’action publique pour engager les moyens
  • activer le récit du territoire pour mieux communiquer

Force de création, initiateurs de pratiques, les milieux artistiques participent à l’émergence de lieux culturels et leur reconnaissance, à l’exploration des espaces publics et privés, ouverts comme bâtis. La place de la culture dans le territoire est un terrain de jeu à fort potentiel.
Les politiques culturelles ne sont pas neutres. Elles façonnent les infrastructures et orientent les subventions des activités générant ainsi des liens d’interdépendance. Ecoles de musique, conservatoires, musées, bibliothèques et archives, théâtres et autres centres scéniques développent leurs activités dans le cadre donné par les conditions d’éligibilité aux soutiens publics local, régional, cantonal, fédéral et encore privés.

Rôles des collectivités publiques

Une commune tient un important rôle de facilitateur pour organiser la mise à disposition de lieux pour la création, la résidence, l’exploration, la médiation, quel que soit le domaine. Les espaces publics revêtent un important potentiel de mise en valeur. De même, encore trop peu de communes disposent aujourd’hui de panneaux d’affichage propre et dédié à la culture. La signalétique dans l’espace public n’est qu’épisodiquement mise en scène et thématisée. Dans de nombreuses localités, les enjeux ne sont désormais plus de construire, mais de valoriser l’existant. Il s’agit dès lors de hiérarchiser, d’organiser pour mieux partager et mutualiser les moyens : des infrastructures au mobilier urbain.
La difficulté réside dans la capacité des politiques publiques à intégrer de nouveaux paramètres, de dégager les moyens, voire de réformer le cadre. Les processus tendent plutôt à la sédimentation des couches que la simplification. Avec les années, une politique culturelle peut refléter cet état et manquer de visibilité politique.

De l’importance de la carte

La carte a d’abord été un outil de prise de pouvoir. Elle est aujourd’hui le fait de l’aménagement du territoire. Pourtant, son usage au service d’autres politiques – de l’environnement à la culture -contribuerait à structurer puis améliorer la compréhension et l’adhésion des décideurs.
La cartographie peut être intégrée à un « schéma directeur artistique » moins contraignant qu’un plan directeur, elle renforce la vision et les objectifs d’une politique culturelle. Un schéma directeur artistique (ou de la culture) est établi en collaboration avec les services compétents de l’administration. Il permet d’organiser la vision d’ensemble, de hiérarchiser et d’articuler les différentes pièces, équipements comme infrastructures dans le territoire. Une telle démarche est stratégique et a tout intérêt à faire partie d’un axe de la politique culturelle d’une commune, d’une région, d’un canton. Dans son organisation, un service de la culture pourrait intégrer cette fonction transversale.

Inscrire le développement des actions réalisées, prévues ou en gestation dans une cartographie puis planification spatiale a le mérite de leur donner de la visibilité et de la valeur avec un effet positif direct sur leurs protagonistes.